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Fiche document : Lettre à Monsieur Frontana, professeur de musique.

Hector BERLIOZ

Lettre à Monsieur Frontana, professeur de musique.

Thématique : Les musiciens

Description

Référence : LAS 3988
Type de document : Reproduction d'un manuscrit autographe signé
Date du document : 29 octobre ...
Taille du document : 2 pages de 39 cm x 24 cm
Tirage limité à : 500 exemplaires

Prix TTC : 14,00 €

Texte du document

Monsieur Frontana
Professeur de musique
Rue de la Citadelle n°103
A Calais




Monsieur

Je viens d’apprendre avec un vif déplaisir que j’étais la cause involontaire d’une méprise désagréable pour vous. Je m’empresse de vous écrire, monsieur, que si, dès le moment où parut l’article de la Gazette musicale relatif à la représentation de Rubini à Calais, vous vous étiez adressé directement à moi pour rectifier les faits, je n’eusse pas perdu un instant pour le faire. Rubini, que j’ai vu aujourd’hui m’a tout raconté avec détails ; et dans le numéro prochain du journal où parut le Conte Fantastique vous verrez figurer l’histoire.
Cependant vous n’y serez pas plus nommé que la première fois. M. Shlessinger m’ayant dit qu’on était venu réclamer auprès de lui, oublia de m’informer que ce n’était pas vous personnellement ; alors voyant qu’après cette visite faite au directeur de la Gazette, la personne à qui l’article avait déplu ne venait pas réclamer auprès de l’auteur, je crus qu’elle n’y attachait pas plus d’importance que cela n’en mérite en réalité et qu’elle n’y pouvait plus. Aujourd’hui une conversation détaillée avec Rubini m’a tout appris. Je suis allé en le quittant chez M. Shlessinger qui m’a dit qu’effectivement c’était un de vos amis et non pas vous-même qui était venu chez lui.
En rentrant je vous écris, monsieur, et pour vous dire combien je suis fâché que sans avoir l’honneur de vous connaître j’ai pu faire quelque chose qui vous soit désagréable et pour vous expliquer ce qui y a donné lieu.
On parlait beaucoup à Paris de cette représentation de Rubini, je l’entendis raconter comme ayant été donnée au bénéfice d’un italien sous le dernier degré de misère qui en passant par Calais avait eu l’heureuse idée de demander ce service au célèbre chanteur qu’il avait autrefois connu en Italie. J’étais loin de me douter qu’il s’agit au contraire d’un artiste distingué fort connu, que sa position de réfugié politique rendu plus respectable encore et qui n’a pas même agi dans toute cette affaire dans le but d’un bénéfice, comme on le disait à Paris. On m’engagea à écrire là dessus une espèce de conte ; Je le fis sans imaginer un moment que cela put produire une impression fâcheuse sur l’esprit de qui que ce fut.
A présent je puis vous dire, monsieur, que n’ayant été ni nommé ni désigné en aucune façon toutes les personnes étrangères à la population de Calais sont dans l’impossibilité absolue de penser qu’il ait pu être question de vous. Quant aux Calaisiens qui vous connaissent ils n’ont pu penser autre chose sinon que cet article avait été écrit par quelqu’un qui ignorait ce qui n’a pu avoir la pensée qu’on prendrait au sérieux une pareille bluette.Croyez, monsieur, que si j’eusse su plutôt la peine que je vous causais, vous auriez reçu depuis longtemps ma lettre que vous pouvez rendre publique, et le numéro du journal, où les faits réels vont être spécifiés.


J’ai l’honneur de vous saluer avec une parfaite considération.

Hector Berlioz
Rue de Loudren n°34
Paris le 29 octobre





Mister Frontana
Music Teacher
Rue de la Citadelle n°103
in Calais





Mister
I have just learnt of with a strong sadness that I was, accidentally, causing an unpleasant scorn for you. I hasten to write to you that, if you asked me for corrections as soon as the releasing of the article in the “Gazette Musicale” concerning the Rubini’s performancein Calais, I would not have waited that long to do it. I saw Rubini today and he told me the detailed story. In the next issue of the “Gazette Musicale” –in which appeared the article called “Le Conte Fantastique”- there will be the complete story
; Although, you still will not be quoted in it. I was told by Mr Shlessinger –director of the “Gazette Musicale”- that somebody came and complained to him about that article. But he had forgotten to tell me that you did not come personally. So seeing that the offended person did not complain directly to the author, I believed he/she stopped caring about it. Today, after Rubini told me the complete story, I went to Mr Shlessinger’s who told me that actually it was not you but a friend of yours that came and complained.
As soon as I got home after my meeting with Mr Shlessinger, I started this letter in order to tell you why and how irritated I was after such a disagreeable contempt occurred.
In Paris, we talked a lot about Rubini’s performance. I heard it was given in favour of a disinherited Italian, who had previously met the famous singer in Italy. I was far away from the idea that this poor person (you) was in fact a well known and famous artist whose importance was reinforced by his political refugee status. Furthermore, he was not expecting any financial advantages from Rubini’s performance as it has been said in Paris. I was hired to write a sort of “tale” related to this “anecdote”. I never got the intention to cause any kind of trouble to anyone. Now, at that point of the story, I can tell that as your name has never been quoted in “Le conte Fantastique” (first pamphlet) no one outside Calais would be able to tell I was writing about you. Concerning your acquaintances in Calais, none of them could have imagined that (the author) I had a clear idea of the truth among the rumours. Moreover, I never imagined that my article could have been taken seriously and had so much terrible consequences.
Mister, be sure that if I had known the sorrow I caused, you would have received earlier my letter of apologies. You can make public this letter as well as the date of publication of the newspaper in which the real facts shall be specified.


I am honoured to greet you with a perfect consideration.

H. Berlioz
Rue de Loudren n°34

Paris, October the 29th.

Prix TTC : 14,00 €

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