
Thématique : Les musiciens
Référence : LAS 3733
Type de document : Reproduction d'un manuscrit autographe signé
Date du document : 12 Mai 1865
Taille du document : 2 pages de 26 cm x 21 cm
Tirage limité à : 500 exemplaires
Prix TTC : 14,00 €
LETTRE DU 11 MAI 1865 A LA PRINCESSE CAROLINE DE SAYN-WITTGENSTEINUne grande dame allemande, la princesse de Sayn-Wittgenstein, a succédé à Marie d’Agout dans les bonnes grâces de Liszt ; elle voue une vive admiration à Berlioz et n’a cessé de l’encourager depuis leur première rencontre. Comme Berlioz le rappelle dans la lettre ci-dessous, dès 1854, il avait conçu le projet des Troyens, mais il n’aurait sans doute pas entrepris sa réalisation si la princesse, avec un enthousiasme contagieux, ne l’y avait vivement poussé. Durant toutes ces années, Caroline de Sayn-Wittgenstein manifestera une amitié profonde au musicien, se préoccupant de sa santé et de son état moral, ce qui justifie le témoignage de reconnaissance que lui adresse Berlioz.
De même, Franz Liszt lui témoignera lui aussi une vive affection défendant le répertoire berliozien en Europe et l’invitant souvent à l’Opéra de Weimar dont il était le directeur musical. Hélas, les relations de Berlioz avec le musicien hongrois et la princesse seront parfois troublées en raison de l’admiration que le couple voue à Wagner, ce qui provoque la jalousie de Berlioz. Lorsqu’il écrit la lettre ci-dessous, les malentendus sont dissipés... provisoirement.
Dans cette lettre, remarquons encore l’allusion de Berlioz aux ""cruelles blessures"" subies par Les Troyens. L’ouvrage, en effet, avait été monté médiocrement par le Théâtre Lyrique, faute d’argent ; de surcroît, d’une durée trop longue, il avait été sévèrement amputé pour la représentation. Enfin rappelons que Berlioz avait découvert l’Enéïde lorsqu’il était encore enfant et qu’il étudiait le latin sous la conduite de son père.
A la princesse Caroline de Wittgenstein.
Vous souvient-il, Madame de l’apostrophe que vous m’avez adressée un jour à Weimar ?
Je venais de parler de mon désir d’écrire une vaste composition lyrique sur le 2ème et le 4ème livre de l’Enéide. J’ajoutai que je me garderais bien néanmoins de l’entreprendre, connaissant trop les chagrins qu’une œuvre pareille devrait nécessairement me causer, en France, à notre époque, avec la bassesse de nos instincts littéraires et musicaux.
Vous m’avez alors défendu d’avoir peur. Au nom de mon honneur d’artiste vous m’avez sommé d’exécuter ce projet, en me menaçant de me retirer votre estime si j’y manquais.
J’ai écrit Les Troyens.
Sans vous et sans Virgile cette œuvre n’existerait pas.
Vous avez parlé en m’envoyant combattre, comme ces femmes de Sparte qui disaient à leurs fils en leur donnant un bouclier : « Reviens avec ou dessus. » Je suis revenu, saignant et affaibli, avec le bouclier.
L’ouvrage a subi, comme moi, pendant la guerre, de cruelles blessures.
J’ai eu la force de les panser.
Il est guéri maintenant, le voilà tout entier. Il porte cette inscription votive : DivoVirgilio. Mais pouvait-il ne pas porter aussi votre nom ?Qu’il vive donc sous ce double patronage !
Hector Berlioz
11 mai 1865
Chère princesse
Je vous ai envoyé, sans la revoir assez, l’épître dédicatoire des Troyens.
Veuillez remplacer la feuille que vous avez reçue par celle que je vous adresse aujourd’hui :
Votre tout dévoué
H.B.
12 mai 1865
To Princess Caroline of Wittgenstein
Do you remember Madam the remark you directed at me one day in Weimar? I had just talked about my desire to write a wide lyric composition on the 2nd and the 4th book of the Aeneid. I added that I would be wary not to do it, as I know too well the grieves that such a work would necessarily cause me, in France, at our time, with the weaknesses of our musical and literary instincts.
You then forbade me to be scared. In the name of my honour of artist you commanded me to carry out this project, threatening me not to have any respect for me any longer if I failed to do it. I have written “Les Trojans”. Without you and Virgile this work would not exist.
You talked to me, when sending me fighting, like those women from Sparta who said to their sons as they gave them a shield: “Come back with it or on it.” I came back, bleeding and weakened, with the shield.
The work suffered, like me, during the war, from terrible wounds. I have had the strength to lick them. It is cured now; here it is on its whole. It is marked with this votive inscription: Divo Virgilio. But could it not have your name as well?
Let it have this double patronage!
Hector Berlioz
11 May 1865
Dear Princess,
I have sent you the dedicated epistle of the “Trojans” without going over it enough. Could you please replace the sheet you received by the one I am sending you today.
Your all devoted
H.B.
12 May 1865
Prix TTC : 14,00 €