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Fiche document : Colonel

Hector BERLIOZ

Colonel

Thématique : Les musiciens

Description

Référence : LAS 8278
Type de document : Reproduction d'un manuscrit autographe signé
Date du document : 21 janvier 1853
Taille du document : 2 pages de 27 cm x 21 cm
Tirage limité à : 500 exemplaires

Prix TTC : 14,00 €

Contexte historique

Le 10 décembre 1848, par un vote massif, les Français ont porté le prince Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République. Perspicace, Berlioz perçoit déjà qu’un nouveau Napoléon perce sous ce Bonaparte. Comme s’il craignait d’être en retard sur l’Histoire, il se met à la composition d’un Te Deum, destiné à célébrer un évènement exceptionnel. L’œuvre va demeurer longtemps dans son tiroir, en attendant l’évènement en question. Berlioz croit le moment venu après le coup d’Etat du 2 décembre 1851, mais le Te Deum donné en l’honneur du futur empereur est dû à un autre musicien.

Nouvel espoir pour Berlioz, en décembre 1852, quand l’Empire est proclamé, mais espoir encore déçu, car le couronnement n’a pas lieu ; il est remplacé par une cérémonie religieuse et ce n’est pas son Te Deum qui accompagnera la cérémonie, alors que l’entourage du souverain lui avait laissé entendre qu’il serait choisi.

Ce qu’il a raté pour le couronnement, Berlioz espère l’obtenir à l’occasion du mariage de l’empereur avec la comtesse Eugénie de Montijo. Une fois encore, il a reçu des promesses, d’où la lettre ci-dessous adressée au colonel aide de camp de Napoléon III. Cette fois, le musicien est sûr de toucher au but : son Te Deum va sortir de son tiroir ! Berlioz a mis en train la copie des partitions qu’il a payée de ses propres deniers, ce qui n’a pas été sans peine car, comme d’habitude, il n’a plus d’argent. Hélas, une fois encore, quand Napoléon III épouse Eugénie le 30 janvier 1853, la musique n’est pas celle du Te Deum, mais un pot-pourri d’œuvres de Le Sueur, Cherubini, Adam et Auber. Ce qui vaut à Berlioz cette nouvelle déconvenue, c’est qu’il passe pour être demeuré fidèle à la famille d’Orléans. En attendant, Berlioz en est pour ses frais. Le Te Deum verra finalement le jour le 30 avril 1855, en l’église Saint-Eustache, en prélude à l’inauguration de l’Exposition Universelle.

Oeuvre gigantesque qui exige neuf cents exécutants que Berlioz dirige lui-même. ""C’était colossal, babylonien, ninivite ! s’écrie-t-il. Quel malheur que je sois l’auteur de tout cela ; je ferais un article curieux..."" Ingénu Berlioz, qui regrette de ne pouvoir clamer lui-même tout le bien qu’il pense de son oeuvre.

Texte du document

Colonel

J’ai oublié de vous dire dans ma lettre d’hier soir que j’ai besoin si l’on exécute mon Te Deum à la cérémonie du mariage que Monseigneur l’Evêque me laisse introduire dans le chœur de la marche finale, quelques mots latins qui ne sont pas du rituel catholique, mais que j’ai cru en écrivant mon ouvrage devoir y introduire. Les voici :
Vivat Imperator
Vivat Napolus tertius
Benedicat cum omnipoteus deus
Et Francorum terra abillo beata luceat !
Vivat Imperator.
L’ouvrage entier étant fini et copié tout est prêt, et en faisant deux répétitions par jour je suis sûr de pouvoir arriver à une exécution splendide et plus grande que tout ce qu’on a fait jusqu’à présent en huit jours. Seulement il n’y a pas un instant à perdre, et j’ai besoin qu’un ordre à tous les directeurs des théâtres lyriques du conservatoire et des Maîtrises de Paris les empêche de m’entraver. Qu’on me donne une entière liberté d’action, que l’Empereur ait confiance et le résultat final sera je l’espère digne de lui. En supprimant deux des trois morceaux qui composent la partition de mon Te Deum on pourra le réduire à la durée que Mgr l’Evêque voudra bien m’indiquer. Il dure une heure. Il serait fâcheux seulement qu’on m’obligeât à supprimer la marche finale avec les trente Harpes car c’est d’un effet brillant et neuf.
Pardon mon colonel de vous entretenir de moi même avec cette liberté.
Recevez l’assurance de mes sentiments les plus distingués.Votre dévoué
H. Berlioz

19 rue de Boursault
Paris 21 janvier.






Colonel

I have forgotten to tell you in my letter from yesterday evening that, if my Te Deum is performed at the wedding’s ceremony, I need His Lord Bishop to let me insert in the chorus of the final march a few words in Latin that are not part of the Catholic ritual, but which I thought, when I was writing my work, should be inserted.
Here they are:
Vivat Imperator
Vivat Napolus tertius
Benedicat cum omnipoteus deus
Et Francorum terra abillo beata luceat !
Vivat Imperator
The whole of the work being completed and copied, everything is ready, and by doing two rehearsals a day, I am sure we can get to a wonderful and greater performance than what we have done until now in eight days. But we cannot waste any time, and I need an order to be given to all the directors of lyric theatres of the conservatory and the masters of Paris, in order to prevent them from hindering me. If I am given a complete freedom of action and if the Emperor trusts me, the final result will be I hope worthy of him.
By suppressing two or three sections of the nine making up my Te Deum score, we can reduce it to the length that His Lord Bishop will indicate me. It lasts one hour. It would be unfortunate if I was obliged to suppress the final march with the thirty harps because it sounds particularly good and new.
Forgive me my colonel for talking about me with such a freedom.Yours faithfully
Your devoted
H. Berlioz

19 “rue de Boursault”

Paris, 21 January.


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